07/09/2010
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la classe au quotidien PDF ÊÕÏíÑ áåíÆÉ ØÈÇÚÉ ÇÑÓÇá áÕÏíÞ
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http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/organisation3.htm#auxiliaires#auxiliaires (Pour imprimer, cliquer ici ou utiliser le bouton Imprimer de votre navigateur)

Gestion de la classe : un exemple

La classe au quotidien en collège

Les lignes qui suivent sont issues d'une expérience personnelle. L'auteur nous les livre dans le souci de montrer comment il a surmonté et continue à surmonter ses difficultés et comment il s'y prend pour construire ses propres réponses aux problèmes qu'il cerne.

En écho au schéma de formation proposé par André de Peretti ce texte est un exemple concret de réflexion qui pourrait guider le travail de tous les débutants en position de réflexion sur la pratique qu'ils engagent.

Ayant enseigné pendant sept ans dans un collège situé dans une zone d'éducation prioritaire, j'avais été ensuite détaché à plein temps trois ans à la MAFPEN de Lille dans le cadre de la rénovation des collèges.

Je venais de redemander un mi-temps dans un autre collège en ZEP afin d'expérimenter les découvertes que j'avais pu faire en trois ans. Je revenais « sur le terrain », comme on dit, riche de listes d'objectifs et de situations-problèmes en tous genres, et là, horreur !, je m'aperçois que j'avais des difficultés à « tenir une classe ». Que se passait-il donc ?

 

Si on en parlait ?

Au fil des mois me revient par bribes un savoir empirique ancien relatif à la maîtrise de la classe, accumulé intuitivement au fil des années et qui me permit peu à peu de reconquérir le terrain perdu…

Les collègues qui débutent dans le métier, et plus particulièrement dans des classes difficiles, ne peuvent bien entendu pas réactiver ces compé-tences puisque les leurs sont entièrement à construire. Dans l'état actuel de la formation initiale et continue, ils doivent les construire tout seuls, puisque ce champ de problèmes est très rarement considéré comme objet de travail.

Au bout du compte, bien souvent l'on ne peut compter que sur ses propres ressources et chacun est condamné à réinventer empirique-ment. Le sujet est à bien des égards tabou : les difficultés de maîtrise ne peuvent se dire. Combien de fois entend-on, en conseil de classe :

« Moi, je n'ai pas de problèmes avec cette classe » ! La littérature péda-gogique reste peu loquace sur ce point.

Cet objet ne serait-il pas formalisable ou bien, situé dans le quotidien le plus prosaïque, ne serait-il pas digne d'intérêt ?

Pourtant, tant que l'on n'a pas un degré suffisant de maîtrise du quoti-dien, une grande part de l'énergie dont on dispose est littéralement absorbée par ce problème. Peut-on, tant que l'on n'a pas trouvé les moyens de surmonter ces difficultés, se consacrer à l'élaboration de démarches de travail qui paraissent encore plus déstabilisantes ? Peut-on prendre le risque d'innover ?

 

Anticiper sur les problèmes

Moins on est capable d'anticiper les champs de problèmes possibles d'une part et le type de réponse adéquate d'autre part et plus on se trouve en situation d'agir au coup par coup, dans une absence de cohérence et avec des effets d'injustice ou de décisions impossibles à tenir.

Dans la capacité progressive à construire cette maîtrise quotidienne réside une condition essentielle de la possibilité des apprentissages.

Pour autant, il faut préciser immédiatement qu'il ne suffit pas qu'elle soit respectée pour que les élèves apprennent. C'est une condition nécessaire mais sûrement pas suffisante. Tout le monde connaît le cas de classes où les élèves sont « tenus » sans pour autant qu'ils y soient en situation véritablement d'apprendre. II faut rappeler avec force que c'est dans la pertinence des situations de travail (spécifiques à chaque matière) que se joue la réalité des apprentissages.

Cette pertinence aide puissamment en retour à la maîtrise de la classe. Force est de reconnaître qu'elle n'y suffit pas non plus.

En effet, si les élèves n'acceptent pas les règles du jeu, c'est-à-dire la soumission aux contraintes, ils peuvent, individuellement ou collectivement, empêcher le bon fonctionnement du cours. Certains élèves, ou certaines classes, en échec depuis trop longtemps sont passés maîtres dans l'art de ne pas se mettre au travail. Ils consacrent l'essentiel de leur énergie à trouver au contraire les moyens de ne pas se mettre au travail : à ce jeu-là leur inventivité est sans limite et l'adulte, piégé, perd peu à peu le pouvoir dans la classe.

 

Un travail interprétatif constant

II n'existe pas évidemment de réponse univoque au même acte d'un élève ou d'un groupe d'élèves. L'enseignant doit se livrer à un travail interprétatif constant, chaque acte pouvant prendre un sens différent d'un élève à l'autre, d'une classe à autre, d'un moment de la journée à un autre, d'une année à l'autre, d'un établissement à l'autre, d'un moment de l'année à l'autre…

Voilà pourquoi il nous a semblé utile de présenter un « guide de questionnement » utilisable aussi bien comme outil de stage que comme guide d'observation dans les classes.

 

La présence :

  • Comment réagissez-vous quand un élève arrive en cours ?
  • Comment réagissez-vous quand un élève entre sans frapper ?
  • Comment réagissez-vous aux absences longues d'élèves ?
  • Comment réagissez-vous aux absences perlées ou sélectives ?
 

Le matériel

Le matériel de l'élève

  • Quels matériels demandez-vous ? Pourquoi ?
  • Avez-vous des normes de présentations des écrits ?
  • Faites-vous des vérifications de matériel ? A quel moment de l'heure ? A quel moment de l'année ?
  • Que faites-vous quand l'élève n'a pas de matériel ?
  • Que faites-vous pour qu'ils sortent vite leur matériel en début de cours ?
Le matériel de la salle

  • Faites-vous vous-mêmes les tâches matérielles quotidiennes (tableau à essuyer, chaises à ranger, papiers à ramasser) ?
  • Est-ce que vous déléguez ces tâches ? Selon quelles règles ?
 

Le corps

  • Que faites-vous quand un élève mange un bonbon ou un chewing-gum ?
  • Réagissez-vous à des attitudes corporelles décontractées (élèves appuyés aux murs, pieds sur les chaises…) ?
  • Intervenez-vous sur des choix vestimentaires des élèves ?
  • Acceptez-vous qu'ils gardent leur anorak ou leur couvre-chef ?
 

Les déplacements

  • Comment gérez-vous les entrées et les sorties de la salle de classe ?  — Comment gérez-vous les déplacements dans les escaliers ?
  • Comment gérez-vous les déplacements dans la salle ?
  • Est-ce que vous autorisez les sorties en cours d'heure ?
  • Ont-ils droit de sortir de la salle quand vous les avez deux heures en suivant ?
 

Les groupements

  • Selon quels critères groupez-vous les élèves en début d'année ?
  • Procédez-vous à des réajustements ultérieurs ?
  • Comment disposez-vous les tables dans la salle ?
 

La communication orale

Les échanges collectifs

  • En début d'année est-ce que vous apprenez rapidement le nom et le prénom des élèves ?
  • Est-ce que vous les tutoyez ou vous les vouvoyez ?
  • Est-ce que vous faites attention à votre voix ?
  •  Comment gérez-vous les interven-tions orales des élèves ?
  • Est-ce que vous avez des techniques verbales pour les valoriser ?
Les échanges élèves/élèves

  • Qu'est-ce que vous estimez tolérable ?
  • Comment intervenez-vous dans les autres cas ?
  • Les échanges entre le prof et un élève
  • En cas de travail individualisé, répondez-vous au cas par cas ou bien dans un certain ordre ?
  • Dans les autres cas, est-ce que vous acceptez de répondre à une demande avant la mise au travail de tous ou bien vous le mettez provisoirement de côté ?
  • Est-ce vous qui vous déplacez ou bien l'élève ?
  • L'échange a-t-il lieu à voix haute ou à voix basse ?
 

Les règles de politesse

  • Avez-vous un code établi ?
 

Le conflit en classe avec un élève

(échange qui tourne mal)

  • Comment résolvez-vous le problème ?
  • Est-ce que vous le gardez en fin d'heure pour un entretien ?
 

Le conflit avec un groupe d'élèves ou la classe

  • Quel type de solution choisissez-vous ?
 

Le bruit collectif

Les mises au travail

La gestion du « hors-cours » :

  • A quel moment remplissez-vous les différents registres (cahier de textes ou feuilles d'absence) ?
  • Vous contentez-vous des registres administratifs d'absence ou bien jugez-vous utile d'en avoir un qui vous soit personnel ?
  • Ces tâches sont-elles déléguées à des élèves ?
  • Quel moment choisissez-vous pour faire les communications qui ne concernent pas directement le cours ?
Les situations de travail proprement dites

Comme elles sont spécifiques aux matières, il paraît difficile d'entrer dans le détail. On a dit plus haut à quel point leur pertinence est en soi un élément fondamental de maîtrise.

 

L'évaluation

  • Avez-vous un système d'explications et de justifications des notes que vous mettez ?
  • Acceptez-vous de revenir sur une erreur d'évaluation que vous avez commise ? (quand vous avez oublié une erreur ou quand vous en avez compté une à tort).
  • Avez-vous des règles de fonctionnement par rapport au fait qu'ils trichent ?
 

Le travail hors classe

  • Comment vous assurez-vous qu'il est fait ?
  • Que faites-vous quand il n'est pas fait ?
  • A quel moment du cours réglez- vous ce type de problème ?
  • Est-ce que vous astreignez à rendre les travaux dans des temps déterminés ?
  • Prenez-vous des mesures si leurs notes de leçons sont régulièrement au-dessous de la moyenne ?
  • La gestion de ce qui n'est pas votre salle de classe ?
  • Intervenez-vous dans les couloirs ? Dans la cour ? Devant l'établissement ?
  • Intervenez-vous par rapport à des élèves que vous n'avez pas en classe ?
 

Un choix personnel : la fermeté proche

Je ne répondrai pas à chacune des questions pour moi-même, je préfère reprendre la réflexion sur 3 grands axes :

- Instaurer un type de communication.

J'essaie de respecter des règles nécessaires pour apaiser et valoriser les élèves qui réagissent de prime abord par de la violence verbale :

Avoir un code d'expression rigoureux pour inciter à la réciprocité ainsi j'ai un code de politesse extrêmement précis en cas de service demandé ou rendu par un élève.
Je dévie au maximum la violence verbale en feignant de l'ignorer (tu essaies de me faire croire que tu es en colère…) ou par l'humour.

 

- Faire a priori confiance, même quand il y a prise de risque. C'est un exercice périlleux mais nécessaire avec des élèves qui « se sont fait couper la tête » depuis des années. C'est vrai aussi bien du comportement que du travail. Cela se manifeste :

  •  
    • par une valorisation délibérée dans le discours (« tu peux y arriver », tu essaies de me faire croire que tu es idiot »…).
    • par une délégation très importante des tâches dans la classe (cf. De Peretti, Cahier n° 277).
- Faire vivre une justice quotidienne, ce à quoi les élèves sont hypersensibles : bien des élèves difficiles sont écorchés vifs à ce sujet (« Monsieur, c'est pas juste ! »)  :

  • en interdisant les remarques d'ordre physique, religieux, raciste.
  • en intervenant dans les conflits y compris des conflits hors classe.
  • en reconnaissant les erreurs que je peux commettre, dans le cadre du cours ou de l'évaluation de leur travail.
  • lors de travaux individuels, en répondant à chacun selon un ordre déterminé.
 - Constituer une juxtaposition d'individus en groupe :

  • par l'organisation des échanges.
  • par la structuration de la prise de parole.
  • par la constitution d'une culture du groupe.
- Séparer nettement les problèmes collectifs :

  • en ne répondant à un élève que lorsque les autres sont au travail.
  • en ayant de nombreux entretiens individuels qui ménagent la susceptibilité et permettent de traiter en privé les problèmes.
 

Le « non-négociable »

Un ensemble de règles quotidiennes

Arrivée à l'heure en cours, présence du matériel adéquat, travail rendu au moment voulu, interdiction de manger en cours, rapidité à la mise au travail, bavardages intempestifs.

Ce sont bien entendu des objectifs, bien banaux somme toute, à atteindre : dans la réalité concrète des classes, ils sont déjà bien ambitieux.

Le problème est de savoir comment atteindre ces objectifs. Là encore, ce qui guide mes choix est de l'ordre du principe :

  • éviter de me débarrasser du problème en me débarrassant de l'élève.
  • éviter de me débarrasser du problème en le faisant régler par quelqu'un d'autre, qu'il s'agisse de l'équipe de direction ou de la surveillance.
 

Je mets en place un outil pragmatique

Un tableau qui met en regard les noms des élèves et les points non négociables.

L'objectif à travers cet outil est de visualiser les lois quotidiennes qui vont permettre de réguler une majorité d'élèves.

Pour que ceci soit viable, cela impose plusieurs règles :

  • qu'il soit communiqué aux élèves.
  •  que l'adulte le fasse vivre réellement.
  • qu'il y ait bilan régulier de plusieurs manières : sous forme de bilan intermédiaire personnel, soit à la demande de l'élève qui demande où il en est, soit à l'initiative du professeur qui s'aperçoit qu'une colonne donnée se remplit dangereusement — le bilan se fait sous forme d'entretien individuel -. Il est frappant à cet égard de voir comment beaucoup d'élèves ne se rendent pas compte de leur nombre de manquements : comme ils sont étalés dans le temps et jamais mis à plat, la prise de conscience ne peut s'effectuer.
 

Une exigence forte sur l'assiduité scolaire

Une partie du public scolaire des collèges de banlieue n'est pas spontanément porté à une assiduité scolaire régulière.

II faut avouer également que l'on n'est pas non plus spontanément enclin à exiger la présence d'élèves difficiles.

Je pense qu'il faut se battre sur la présence effective en classe, malgré la difficulté à tenir ce postulat en ce qui concerne certains cas.

Un dispositif précis me permet d'avoir une vision exacte de l'absence des élèves et d'avoir ainsi une base de discussion fiable avec les élèves eux-mêmes, avec les parents et de pouvoir dépasser le stade des impressions lors d'un conseil de classe.

 

Quand les lois ne sont pas respectées

II arrive que les principes de base gérant la vie de la classe ne soient pas respectés.

Aux principes évoqués plus haut (régler les problèmes au maximum soi-même), j'en ajoute un autre : privilégier dans les sanctions des solutions qui vont exclusivement dans le sens du rattrapage du travail.

Ainsi, dès le début de l'année, je repère les trous dans l'emploi du temps des élèves (permanence, travail de groupe…) en fonction des trous dans mon propre emploi du temps. En cas de travail non fait en classe ou hors-classe, de cours manqué sans justification valable, l'élève vient faire l'heure de travail qu'il n'a pas faite ou a mal faite.

Les réponses classiques institutionnelles (heures de colle, signatures sur un carnet de correspondance, exclusion du cours par un membre de l'équipe de direction…) sont des réponses réservées à des conflits durs au point de ne pouvoir être désamorcés au moment où ils se produisent : il m'arrive ainsi trois ou quatre fois par an de faire appel à l'équipe de direction ; je demande alors, au vu de ce que je fais par ailleurs, à être soutenu de manière claire.

Dans ce type de conflit, je ne reviens jamais sur la sanction prise, mais à chaque fois je prévois un entretien avec l'élève, avec un temps de retard de manière à ce que les esprits des uns et des autres soient calmés.

C'est surtout en début d'année que ces principes sont respectés au pied de la lettre. Par la suite, dans la réalité concrète des classes, ils sont susceptibles d'aménagements : certaines lois deviennent progressive-ment négociables, des routines s'installent avec ce qu'elles impliquent comme économie d'énergie.

Je n'aurai pas l'impudence de faire croire que cet agencement génère automatiquement de l'harmonie. II y a toujours des heures, où, pour une raison inattendue, les principes établis s'écroulent soudain avec les certitudes de l'enseignant ; des heures où, sous le coup de la fatigue ou d'une mauvaise anticipation des problèmes, la réponse donnée est inadéquate ou inutilement brutale.

Cependant, du fait de l'évolution du public scolaire de la demande sociale, cette capacité à la négociation quotidienne est en voie de devenir une nécessité professionnelle.

L'élaboration par chacun de ses propres règles de conduite, clairement établies et communiquées, peut permettre de construire sa maîtrise quotidienne de la classe et dégager ainsi de l'énergie pour aider les élèves à mieux apprendre.

J.-F. INISAN
Collège Édouard Branly
Tourcoing

  Remonter

Stratégie d'enseignement : débuter

 Extrait de la revue Tertiaire n° 33, mars 1991
éditée par le
Centre national de documentation pédagogique
www.sceren.cndp.fr


 

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image010.jpgDébuter

dans l'enseignement

 

par Patrice PELPEL
professeur au Centre de formation
des professeurs d'enseignement technique


 

L'enseignant qui débute doit faire face simultanément à l'ensemble des problèmes qui conditionnent la réussite de ses élèves et son propre équilibre professionnel, voire personnel. Même s'il est compétent, même s'il a suivi des stages, il se trouve souvent en situation d'urgence, devant faire face au coup par coup et en temps réel à toutes sortes de difficultés plus ou moins prévues. Dans ces circonstances, les nécessités de la survie l'emportent quelques fois sur les exigences de la pédagogie : le professeur -et c'est normal- cherche d'abord à « s'en sortir », oubliant parfois l'intérêt bien compris des élèves qui lui sont confiés. Bien sûr, l'expérience permettra d'aplanir ces difficultés, de prendre la distance nécessaire par rapport à l'urgence des situations vécues. Mais d'autres approches préventives en quelque sorte, sont possibles, qui permettent à l'enseignant de structurer son travail et de prendre en main les contraintes qui s'imposent à lui. En un mot, on peut se préparer à enseigner, et l'enseignement n'est pas un métier totalement empirique. Nous indiquerons ci-dessous trois approches qui sont de nature à sécuriser l'enseignant débutant, en lui permettant de prévoir, et non seulement de subir : définir des objectifs pour son enseignement, choisir et utiliser une méthode pédagogique, clarifier et, dans une certaine mesure, dédramatiser la pratique de l'évaluation.

 

Demandez le programme

Quoi de plus légitime que de se demander ce que l'on va dire aux élèves, ce que l'on va leur faire faire, par exemple, demain… Mais la réponse à cette question, qui semble pourtant élémentaire, n'est pas si évidente. Ni les connaissances acquises à l'université, ni même parfois la lecture attentive des programmes des différentes classes ne permettent d'y répondre avec certitude. Il existe un décalage important entre les connaissances universitaires et les « matières » de l'enseignement scolaire, en terme d'identité, et bien sûr, en terme de niveau. Le « programme », quant à lui, dans sa forme traditionnelle, est une liste de questions que le professeur doit traiter pendant l'année pour une classe donnée. Sans doute pour l'aider, on prend soin parfois d'indiquer que l'ordre des questions n'est pas prescriptif, et qu'il importe seulement qu'elles soient toutes traitées à la fin de l'année, ce qui d'ailleurs compte tenu du rapport entre le contenu des-dits programmes et le temps.

 

En réalité, ce n'est pas au professeur de « faire le programme » ce sont les élèves qui, par rapport aux questions qui figurent au programme, doivent acquérir quelque chose qu'ils ne possédaient pas auparavant et qui, dans cette mesure, constitue un apprentissage. Mais quoi ? Si ce quoi n'est pas identifié, on voit mal comment construire un enseignement. Avant de se poser la question de savoir ce qu'il doit faire, le professeur doit tenter d'identifier ce que les élèves doivent acquérir. C'est ensuite seulement qu'il pourra définir les actions à mener pour que ses élèves, ou la majorité d'entre eux, puissent atteindre le but ainsi défini. Malgré son apparente banalité, ce changement de perspective constitue une véritable révolution « copernicienne » dans la manière d'aborder l'enseignement : d'abord définir les effets escomptés, ensuite seulement les stratégies à mettre en place pour les atteindre. On amorce ainsi la distinction entre le « teaching » (ce que fait le professeur pour enseigner), et le « learning » (ce que font les élèves pour apprendre).

Pour banale qu'elle soit, cette réflexion, sous une forme structurée, est relativement récente dans l'enseignement : elle a démarré dans les années 50 aux Etats-Unis, avec les travaux de B.S. Bloom et de ses collaborateurs, et s'est traduite par un certain nombre de tentatives pour mieux définir les objectifs de l'enseignement pour en améliorer la pratique et l'efficacité.

 

 

Cette réflexion s'est développée à différents niveaux dont  le tableau suivant présente la synthèse (P. Pelpel, Se former pour enseigner, Bordas, 1986, p. 6) :

 

 

DOMAINES

ACTEURS

OPERATIONS

RESULTATS

Finalités

valeurs, orientations générales

la société dans son ensemble

définition de priorités

politique de l'éducation

Buts

les contenus de l'enseignement

ministères de l'Education

structuration par matière et par niveau

programmes d'enseignement

Intentions

organisation de la pratique pédagogique

les enseignants

choix d'une approche pédagogique

séquences d'enseignement

Objectifs

résultats attendus de l'enseignement

les élèves

description en terme de comportements à atteindre par l'élève

capacités résultant de l'apprentissage

 

 

Chacun de ces niveaux a son importance et contribue à une meilleure définition de l'enseignement. Mais l'enseignant, n'est pas associé de la même manière à chacun d'entre eux. Les finalités ne déterminent pas ce qui va se passer dans la classe. Pourtant, il importe de les connaître, car ce qui se passe dans la classe doit contribuer à les réaliser. Non seulement l'enseignant doit les connaître mais, sauf à prendre le risque d'être perpétuellement en porte-à-faux, il doit les approuver, ou tout au moins ne pas y être viscéralement opposé. […]

 

De la même manière, la définition des buts de l'ensei­gnement, n'est pas non plus la prérogative de l'enseignant. Ce n'est pas lui qui décide dans sa classe de ce qu'il faut enseigner pour atteindre les finalités. […]

 

Pour aller plus loin, il faut essayer de définir ce que les élèves doivent être capables de faire au terme de l'ensei­gnement, qu'il s'agisse de l'enseignement caractéristique d'une classe (objectifs terminaux) ou d'une séquence d'enseignement (objectifs intermédiaires). Les nouveaux programmes, particulièrement en ce qui concerne les BTS, ont amorcé ce processus. Celui de BTS bureautique et secrétariat (1986), par exemple, est structuré de la manière suivante : pour chaque élément de programme, il prévoit et définit trois rubriques différentes dont les deux premières, pour le domaine de « L'organisation et les méthodes administratives » par exemple, se présentent de la manière ci-dessous. Ces données sont complétées par la définition des « Capacités opérationnelles » correspondantes.

 

 «  1.1 Etre capable d'observer globalement un travail administratif dans le cadre de l'organisation où il est effectué et dans l'environnement de celle-ci.

 

 

CAPACITÉS GLOBALES

ÉLÉMENTS DE LA CAPACITÉ GLOBALE

MODULES DE

FORMATION

1. Etre capable d'analyser le travail administratif existant, de formuler les problèmes susceptibles de se poser et de proposer des solutions à des problèmes simples.

 

1.1. Etre capable d'observer globalement un travail administratif dans le cadre de l'organisation où il est effectué et dans l'environnement de celle-ci.

1.2. Etre capable d'observer les éléments d'un travail administratif, c'est-à-dire :

  • • de mener l'analyse d'une tâche ;
  • • d'analyser un processus ou une chaîne de traitements ;
  • • de mener une analyse critique et de poser les problèmes.
1.3. Etre capable de proposer des solutions à des problèmes ne remettant pas en cause l'organisation d'ensemble.

OMA 1

 

Capacités opérationnelles

Etre capable de :

  • de situer le travail observé dans les systèmes d'information et de décision de l'organisation. compte-tenu de la stratégie adoptée ;
  • d'identifier ses objectifs, son champ d'application, son importance, sa spécificité ;
  • d'en repérer le rythme (discontinuité, irrégularité ou caractère cyclique)  ;
  • de formuler les problèmes susceptibles de se poser. »
 

Le but est ici de procurer au professeur - et éventuellement aux élèves — des indications lui permettant de mieux percevoir l'objet -nous dirons désormais "objectif" — de son enseignement et d'en obtenir deux bénéfïces directs :

  • l'élaborer d'une manière plus précise et plus structurée ;
  • faciliter l'évaluation en définissant le résultat attendu au terme de l'apprentissage.
D'une manière générale, on considère qu'un objectif est « opérationnel » lorsqu'il satisfait aux exigences suivantes :

  • il décrit le résultat de l'apprentissage comme étant une « opération », une modification du comportement de l'apprenant ;
  • il est utilisable en ce sens qu'il est suffisamment clair, précis et univoque pour permettre d'élaborer des activités d'apprentissage et servir de monnaie d'échange entre le professeur et les élèves.
 

De ce point de vue, les objectifs cités plus haut gagneraient à être précisés.  C'est là que le professeur reprend l'initiative. Il lui appartient de concrétiser l'objectif à partir des indications qui lui sont fournies par les programmes, de ses propres intentions pédagogiques, du contexte dans lequel il travaille et que lui seul connaît (niveau des élèves, contraintes matérielles, projet d'établissement, etc.). Pour l'aider à le faire, on peut énumérer les conditions auxquelles doit répondre un objectif pour être effectivement opérationnel, c'est-à-dire, tout simplement, utilisable :

  • tout d'abord, l'objectif est toujours formulé en fonction de celui qui apprend, et non de celui qui enseigne. La formule « l'élève doit être capable de… » peut paraître formelle et rigide, elle indique cependant que l'on se pose la question de l'apprentissage, et non seulement de l'enseignement;
  • ensuite, l'objectif doit être spécifique, c'est-à-dire que la capacité à atteindre doit être exprimée par un verbe qui ne permette pas — ou le moins possible- l'interprétation. Il doit être univoque.  « Situer »  ne fait certainement pas partie de ces verbes : que doit faire l'élève qui  « situe »,   Il peut sans doute déployer toute une gamme d'activités qui pourraient y correspondre ;
  • enfin le résultat attendu doit être décrit sous la forme d'un comportement observable. Il est vrai que la plupart des apprentissages scolaires visent des acquisitions intellectuelles (mémoriser, comprendre, etc.). Il n'empêche que ces acquisitions doivent pouvoir s'inscrire dans un comportement qui sera le témoin — pour l'élève et pour l'enseignant — qu'il y a eu effectivement apprentissage.
 

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image011.jpg


Pour être complet, et en particulier pour mieux définir les circonstances dans lesquelles doit se produire l'apprentissage, il est souhaitable de préciser certains paramètres supplémentaires : conditions de temps, conditions matérielles, etc., ainsi que les critères d'acceptabilités de la performance, c'est-à-dire le niveau de réussite à partir duquel on considérera que l'objectif est atteint. L'algorithme ci-dessous récapitule l'ensemble de la démarche.

Bien sûr de nombreuses critiques ont été portées contre cette approche de l'enseignement qui paraît à certains excessivement structurée, voire réductrice. Il appartient à chaque enseignant de faire la part des choses et d'évaluer les avantages qui résultent, pour lui, comme pour ses élèves, de l'opérationnalisation des objectifs de l'enseignement.

 

Choisir une stratégie d'enseignement

Tout travail pédagogique met nécessairement en rela­tion trois termes clairement définissables. II n'y aura à proprement parler " pédagogie " que si ces trois termes, d'une manière ou d'une autre, entrent en relation. On peut les représenter de la manière suivante (voir ci-contre)  :

 

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image012.jpg

     
 

Une méthode pédagogique, c'est une manière spécifi­que d'organiser les relations entre ces trois pôles, et de les faire fonctionner. Encore faut-il préciser qu'une méthode n'est pas seulement une manière de faire : elle comporte des caractéristiques qui permettent, dans une certaine mesure, d'en prévoir les effets. Comme celle proposée par Descartes en 1632 dans le Discours du même nom, une méthode, fut-elle pédagogique, est constituée d'un ensemble de règles (généralement peu nombreuses) qui, lorsqu'elles sont mises en oeuvre, permettent d'obtenir certains résultats escomptés, et d'en reproduire l'événement autant que de besoin. Une méthode, c'est exactement le contraire de l'improvisation qui consisterait, dans le cas de l'enseignement, à faire face au coup par coup à la diversité des situations. Qui dit méthode, dit prévision, organisation, stratégie en sachant bien que, vu la complexité des problèmes rencontrés, et parce qu'ils mettent en jeu des personnes, une méthode pédagogique ne se ramène jamais — et c'est heureux — à une méthode de calcul…

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image013.jpgAu-delà de la diversité des pratiques mises en oeuvre par les enseignants pour enseigner, il nous semble possi­ble de distinguer trois types de méthodes qui correspon­dent chacune à la valorisation de l'un des pôles du triangle pédagogique évoqué plus haut.

 

 

Méthode centrée sur l'action du professeur

Elle consiste à valoriser le pôle enseignant (P) et cor­rélativement à minorer la relation que les élèves pour­raient entretenir directement avec le savoir. Non pas dans le souci de brimer les élèves ou de nuire à leur autonomie, mais au contraire pour assurer de la manière la plus directe, et peut-être dans certains cas la plus efficace la transmission des connaissances (voir schéma)  :

Quoi de plus logique en effet que celui qui possède les connaissances prenne en charge le processus de leur transmission par des moyens appropriés (cf. plus bas, les techniques pédagogiques) : il apparaît comme la médiation nécessaire, et sans doute la meilleure, entre les élèves et le savoir. Dans ce cas, l'efficacité de la méthode dépendra très largement de la performance de l'enseignant… et de l'adhésion des élèves. Malgré tout, et pour certains publics d'élèves, elle risque de comporter des faiblesses sur le plan de l'apprentissage : on sait ce que le maître enseigne, et comment, on ne sait pas toujours assez ce que l'élève apprend, ou  même s'il apprend.

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image014.jpgOn appelle souvent cette méthode magistrale puisque c'est l'enseignant qui prépare, puis réalise l'enseignement, ce qui correspond d'ailleurs à son rôle le plus traditionnel. Les techniques les plus classiques qui lui sont associées sont les techniques expositives (le fameux cours magistral » !), démonstratives, ou interrogatives (qui consistent à susciter la participation des élèves par un jeu de questions).

 

 

Méthode centrée sur l'activité des élèves

Ici, par une ruse de la raison pédagogique, le meilleur chemin, sinon le plus court, n'est plus la ligne droite. I1 s'agit d'une conduite de détour fondée sur le principe selon lequel on apprend mieux, on mémorise mieux, on s'approprie davantage ce qui s'inscrit dans une expé­rience personnellement vécue : (voir schéma)

 

Si le professeur se définit toujours par la relation qu'il entretient avec le savoir et avec les élèves, ceux-ci ne sont plus exclusivement caractérisés par leur dépendance vis à-vis du professeur. Ils se définissent aussi par les relations qu'ils entretiennent avec le savoir, et par celles qu'ils entretiennent entre eux. Ils ne sent plus les destinataires de la pédagogie, comme dans la méthode magistrale, ils en sont aussi les acteurs. C'est pourquoi on qualifie cette méthode de méthode active, en se référant au terme utilisé par A. Ferrière dès 1920.

Encore faut-il préciser que l'activité, au sens pédagogi­que du terme, ce n'est pas seulement l'action : il ne suffit pas que les élèves fassent quelque chose pour qu'ils soient actifs et pour qu'il y ait apprentissage. Quatre facteurs doivent être pris en compte par l'enseignant qui s'engage dans cette voie :

  • les élèves doivent pouvoir réellement s'impliquer dans ce qu'ils font, que cette implication résulte d'un choix ou d'une adhésion librement consentie ;
  • l'activité doit avoir une signification réelle, et une valeur autre que scolaire (relations avec l'extérieur, analogie avec des situations professionnelles, etc.) ;
  • elle doit être globale, et menée de son début jusqu'à son terme (ex. les activités de projet) ;
  • enfin, elle comporte généralement une dimension sociale, et résulte de la collaboration entre plusieurs élèves.
 

C'est autour de ces quatre points que se cristallisent les bénéfices pédagogiques escomptés. Mais l'enseignant qui choisit cette voie doit aussi, pour les obtenir, surmonter un certain nombre de difficultés. La mise en oeuvre de cette méthode est délicate et suppose la maîtrise de techniques particulières liées à l'organisation, l'animation, la régulation et l'évaluation des activités. Par ailleurs, elle est plus coûteuse en temps que la méthode magistrale… alors que l'enseignant se plaint souvent d'en manquer. Enfin, pour fonctionner de manière satisfaisante, elle requiert certaines conditions matérielles et organisationnelles : effectifs non pléthoriques, emploi du temps adapté (plages horaires suffisantes), matériel disponible.

 

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image015.jpgMéthode centrée sur le contenu et l'interaction

Certains soutiennent que l'enseignement est une affaire trop sérieuse pour l'abandonner à l'intuition du professeur ou à l'initiative des élèves. Pour qu'il y ait réellement enseignement, il faut que son contenu soit organisé selon un principe de rationalité et que l'apprenant soit impliqué dans l'apprentissage par un système d'interactions efficace. II est vrai que dans les deux méthodes précédentes, l'élève est peu sollicité, ou alors d'une manière relativement anarchique, au gré de circonstances qui sont pour une large part imprévisibles. L'ancêtre de cette méthode, c'est l'enseignement programmé : décomposition d'un contenu complexe en ses éléments constitutifs simples ; organisation de ces éléments dans une progression plus ou moins ramifiée qui va du plus simple au plus complexe; confrontation de l'apprenant, par une technique appropriée (du simple manuel au didacticiel) à chacune de ces étapes à propos desquelles il doit produire la réponse qui convient : (voir schéma)

 

Les techniques utilisées ici permettent toujours un accès individuel de l'apprenant au programme, contrairement aux techniques collectives caractéristiques de la première méthode, et aux techniques de groupe caractéristiques de la seconde. Dans cette méthode, l'enseignant joue essentiellement un rôle au niveau de la conception, et parfois de la réalisation des programmes ou des supports, mais il est en retrait par rapport au processus d'apprentissage lui-même : c'est l'interaction entre le programme et l'apprenant qui joue un rôle actif. C'est pourquoi cette méthode, utilisée de manière exclusive, est peu appropriée à l'enseignement scolaire où c'est justement l'enseignant qui joue le rôle principal. II est cependant légitime de s'y intéresser dans la mesure où elle retrouve aujourd'hui une certaine actualité du fait du développement des techniques interactives (informatique) et de la pénurie relative d'enseignants dans certains pays (dont la France).

 

Le tableau ci-dessous ( P. Pelpel, op. tir., p. 67.) récapitule pour chacune des méthodes la médiation qu'elle privilégie (ce qui facilite le rapport de l'élève au savoir), les techniques qui s'y rapportent de manière préférentielle, et les principales com­pétences que doit posséder l'enseignant pour les mettre en oeuvre (étant entendu que la compétence commune est la connaissance des contenus d'enseignement).

Cette pluralité de méthodes et cette diversité de techniques imposent à l'enseignant de faire des choix. Parmi les critères qui peuvent le guider, on peut d'abord évoquer sa propre compétence : il est sans doute plus facile, à court terme, de préparer et de réaliser son enseignement sous une forme magistrale. Par contre, faire le détour par une activité des élèves oblige à contrôler de multiples paramètres fonctionnels qui sont secondaires dans le premier cas. II convient aussi d'adapter son enseignement au public auquel il est destiné (âge, niveau, nombre, auto­nomie, etc.). Se rappeler également que la gamme d'objectifs susceptible d'être atteinte par une méthode active est plus large que celle qui peut être atteinte par une méthode magistrale (ils sont dans ce cas essentiellement, voir exclusivement cognitifs).

 

METHODE

MEDIATION

TECHNIQUES

DOMAINES DE COMPETENCES

I Magistrale

L'enseignant

  • expositive
  • démonstrative
  • interrogative
 

communication

II Active

Le groupe

  • travail de groupe
  • travail autonome
  • projets
  • jeux pédagogiques
  • sorties
animation

III Programmée

Le matériel

  • manuels
  • matériel didactique
  • documents-élèves
  • enseignement programmé
  • audiovisuel
  • EAO (enseignement assisté par ordinateur)
production

 

Finalement, l'utilisation de chacune des méthodes, si elle est exclusive, risque de comporter des inconvénients sur le plan de l'apprentissage. Il convient donc, de manière raisonnée, de varier les méthodes utilisées et de diversifier, à partir du moment où l'on en maîtrise l'usage, les techniques mises en oeuvre.

Suite de l'article dans le chapitre 4 sur l'évaluation.

 Remonter 

Exemples de techniques de groupes adaptées à la classe

Compléments :
la revue "Cahiers pédagogiques" publie dans son n°424 de mai 2004 un dossier de 50 pages sur le travail de groupe. Certains textes sont en ligne à l'adresse suivante : www.cahiers-pedagogiques.com

Extrait de « la pédagogie différenciée »
H. PRZESMYCKI
Hachette livre, 1991


Il existe trop de techniques de groupe pour les présenter toutes mais celles qui sont décrites ici ont été souvent pratiquées avec succès et adaptées aux élèves.

1.  La technique 1.2.4.8.16

 

La consigne est donnée à la classe entière.

L'étape individuelle de réflexion dure cinq minutes.

La trace écrite est obligatoire ici, car cette technique est fondée sur l'idée de construction progressive de l'apprentissage. On la propose en la dédramatisant ("elle ne sera pas notée") et en expliquant que chacune est utile au groupe et intéressante pour réussir l'objectif lors de la synthèse finale.

Les étapes de la réalisation sont minutées ainsi :

  •   les élèves se mettent ensuite deux par deux par voisinage, et doivent faire la synthèse de leurs réponses, pendant huit minutes ;
  •   ils passent ensuite à quatre avec la même consigne (effectuer la synthèse des deux réponses précédentes) pendant dix minutes ;
  •   puis ils passent à huit avec la même consigne, pendant quinze minutes. Parfois, si deux ou trois classes sont regroupées lors d'une sortie ou de l'exploitation d'un film ou d'une conférence, on peut les regrouper par seize (20 minutes),   mais cela est délicat à gérer.
Si l'effectif est impair, prévoir des groupes de trois puis de cinq.

La synthèse collective s'effectue en demandant à chaque groupe, (de quatre ou de huit selon le moment où l'enseignant préfère arrêter le processus) de noter au tableau sa production finale. Cette étape étant longue il est préférable de distribuer de grandes feuilles avec un feutre en demandant, lors de la dernière phrase, d'y noter la synthèse définitive de façon lisible, si bien que ces feuilles pourront être affichées à la fin de la technique et exploitées ainsi plus rapidement. Cette phase dure 10 minutes environ.

Pour donner un travail personnel de consolidation,   il faut demander à tous de recopier la synthèse corrigée et enrichie par l'enseignant.

Cette technique est une des plus efficaces que je connaisse : en 50 minutes environ elle permet d'enseigner des apprentissages difficiles tout en produisant un résumé, un tableau, un graphique à apprendre pour la fois prochaine.

 

2. La technique classique du regroupement par 3 ou 4 élèves

 

Les élèves se regroupent par 3 ou 4, soit par affinités, soit selon les indications de l'enseignant qui correspondent aux critères de différenciation qu'il a choisis grâce au diagnostic initial : par exemple les modes d'expression ou les différences de prérequis.

L'enseignant distribue à chaque groupe des documents différents, même s'il porte sur un objectif identique, en demandant un rapport a chacun sur son travail et en leur expliquant que chaque production servira à la synthèse finale : ainsi les élèves seront plus attentifs au travail des autres, tout en s'investissant avec dynamisme dans le leur, le sachant unique et  nécessaire.

Les groupes travaillent 10 à 20 minutes selon la complexité de l'apprentissage, puis chacun rapporte à la classe pendant 2 à 3 minutes ce qu'il a déjà fait.

L'enseignant effectue la synthèse des différents rapports en les corrigeant et les enrichissant d'informations complémentaires et nouvelles (10 minutes) puis relance le travail de groupe.

 

3.  La technique du voisinage

 

Chaque élève se désigne par un numéro 1 ou 2 par paire, en commençant par un côté qui est indiqué pour le départ de ce comptage.

La consigne comporte deux volets après la distribution du travail :

  • les numéros 1 communiquent à leur numéro 2 les réponses trouvées à ce que demande l'enseignant, pendant une minute :
  • les numéros 2 transmettent aux autres numéros 1 (assis de l'autre côté des numéros 1 avec qui ils constituent la paire).
 Ces réponses, les derniers les communiquent à leur numéro 2 qui transmettront à leur tour et ainsi de suite jusqu'à ce que chaque numéro 1, producteur de réponses, reconnaisse les siennes. La technique s'arrête alors.

http://www.ac-creteil.fr/sms/idf/debutant/organisation/images/image016.jpgL'enseignant effectue une synthèse réorganisatrice des informations, après cette circulation de la communication, à partir d'un tout de table et/ou analyse des déformations des réponses.

Technique délicate à manier, elle est très fructueuse pourtant lorsqu'on veut créer une meilleure atmosphère dans une classe bloquée, agressive ou morne, et lorsqu'on veut que les élèves améliorent leur mémoire ou leur expression orale. Dans ce dernier cas, la trace écrite n'est pas obligatoire.

 

4. La technique du messager

 

Les élèves sont groupés par 4 ou 5 et effectuent l'apprentissage proposé pendant 10 à 15 minutes après avoir choisi un messager par groupe. Les messagers, à la fin du temps imparti, tournent dans chaque groupe pour communiquer leurs productions respectives, deux minutes par message ; puis ils les affichent au tableau pour informer les autres messagers et l'enseignant qui les utilisera pour son intervention.

Cette technique plaît aux élèves et elle peut être enrichie de jeux de rôles, de mimes et de sketchs très efficaces pour atteindre certains objectifs de communication orale (en langue vivante) et/ou d'acquisition de notions abstraites difficiles (mathématiques, histoire…).

 

5. La technique du Phillips 6.6

 

Phillips est le nom du créateur de cette technique, et 6.6 signifie six participants pendant 6 minutes. Les élèves sont regroupés par six et choisissent un président, un secrétaire, un rapporteur par groupe.

Le président a comme rôle d'interviewer pendant une minute chaque membre et lui-même sur le sujet proposé, ce qui fait 6 minutes.

Le secrétaire a comme rôle de noter chaque interview en évitant de répéter une information déjà exprimée. Il est souhaitable, pour lui faciliter cette tâche difficile, qui fait beaucoup hésiter les élèves, de distribuer à chaque secrétaire de groupe, une grande feuille et un feutre, en lui disant que leur compte-rendu sera affiché pour que toute la classe puisse le lire, aussi serait-il préférable d'écrire le plus lisiblement possible. On dédramatise l'exercice en acceptant des ratures et des erreurs éventuelles.

Le rapporteur a comme rôle d'afficher et de lire à tous le compte-rendu de son groupe.

Lorsque les interviews sont terminés, pendant cinq minutes tous les membres des groupes relisent et discutent de leurs  interviews en corrigeant, améliorant et même rajoutant des informations aux notes du secrétaire. Cette étape est formatrice car elle joue sur l'interaction et la créativité qui sont réactivées à chaque écoute d'interview. L'enseignant effectue sa synthèse à partir des affiches ; il est utile de continuer le travail en effectuant un second Phillips 6.6, ce qui est possible en une heure de cours puisqu'il dure 30 minutes environ : étape individuelle de réflexion de 5 minutes et intervention de l'enseignant de 10 minutes comprises.

 

6. La technique de l'entretien

 

Les élèves se désignent par les numéros 1 et 2, par paire, comme pour la technique du voisinage. L'étape individuelle de réflexion terminée (1 à 2 minutes pour profiter de la spontanéité des réponses), chaque numéro 1 simultanément et à voix basse interroge son numéro 2 pendant une minute, puis ils inversent, les numéro 2 interrogeant leur numéro 1 pendant une minute aussi.

Chaque élève relate au grand groupe l'interview qu'il a réalisée, c'est à dire qu'il présente son camarade et dit ce que celui-ci lui a répondu à propos du sujet proposé. Cette étape peut être enrichie du jeu du portrait, à la rentrée par exemple, car les élèves se découvrent et se connaissent mieux dans la gaieté et le rire.

L'intervention de l'enseignant se fait au fur et à mesure des relations d'entretiens, en notant au tableau les  éléments jugés nécessaires à la synthèse et au travail ultérieur, après discussion avec tous.

L'inconvénient de cette technique est d'être longue au moment du tour de table où les élèves ne s'écoutent plus. Il devient alors préférable de l'effectuer en petits groupes d'une douzaine d'élèves environ. Elle est cependant très fructueuses pour la communication orale.

 

7. La technique du panel

 

Les élèves sont répartis en deux groupes.

  • Le groupe du panel (échantillon en anglais), assis en demi-cercle face à la classe : ce sont des élèves choisis parmi et par les autres élèves pour les représenter, à raison d'un quart de l'effectif total. Son rôle est de débattre du sujet  proposé (texte, film, conférence, exercice, documents iconographiques, questionnaires, etc.) et de répondre aux questions des autres.
  • Le groupe des auditeurs dont le rôle est d'écouter la discussion menée par le panel lui pose des questions.
 

Cette technique se déroule ainsi :

  • Première étape :  le panel a comme consigne de discuter du sujet  présenté auparavant pendant 10 minutes, l'enseignant pouvant s'y joindre pour relancer parfois la discussion par des informations complémentaires ou nouvelles. Le groupe des auditeurs doit écouter en silence et noter, sur de petites feuilles de papier, ses questions.
  • Deuxième étape : Le panel s'arrête de parler et recueille les questions (un élève animateur est chargé de cela, ainsi que de réguler ces étapes), puis il y répond, pendant 10 minutes, lui aussi. Lorsque le panel ne sait pas répondre, l'enseignant intervient à son tour.
  • Troisième étape : Soit l'enseignant relance un second panel en ajoutant au contenu à débattre de nouveaux documents, des questions supplémentaires, soit il effectue la synthèse collective sous forme d'un compte-rendu sur lequel les élèves auront ensuite à travailler.
 Le panel est une excellente technique de travail en groupe pour apprendre aux élèves à s'écouter, à maîtriser leur temps de parole, à argumenter, bref à débattre, ce qu'ils ont rarement l'occasion d'expérimenter et qu'ils ont beaucoup de difficultés à réaliser.

 

8. La technique des mini-cas

 

Des groupes de quatre à six élèves analysent un cas (un problème, un sujet, un exercice…) et proposent toutes les solutions qu'ils peuvent imaginer : l'enseignant intervient sur ces options. Cette technique constituent un entraînement efficace à l'analyse, à la prise de décision et à la résolution de problème.

 

9. La technique du brain-storming  (Remue-méninges ou tempête du cerveau)

 

Cette technique fondée sur le principe de l'association d'idées, est très intéressante pour susciter l'imagination, la créativité, le plaisir de la découverte, et réactiver fortement la mémoire à court et à moyen terme.

La consigne est d'exprimer tout ce qui passe par la tête à propos du sujet proposé, même les idées les plus saugrenues, sans se censurer, ni critiquer les autres ; l'enseignant les inscrit au tableau en rappe­lant à intervalles réguliers le sujet ; puis aidé des élèves, il regroupe les informations recueillies par thème en les reliant, ou en soulignant de couleurs différentes légendées, et en triant pour garder les éléments nécessaires au travail visé par le brain-storming.

 Remonter 

Les auxiliaires de pédagogie

Extrait de
" Guide pratique de l'enseignant"
  Foucher, juin 1995
réédition annoncée pour septembre 2003


 Les aides pédagogiques

 

Support

Fournitures et matériels nécessaires

Utilisation

Avantages

Inconvénients

Tableau

tableau

craies de couleur

plan du cours

schémas

réponses des élèves

simple

aucune préparation du support

peu d'effet de surprise

lenteur d'utilisation

Tableau de papier

tableau support (chevalet)

feuilles

marqueurs

plan du cours

schémas

simple

permet de préparer à l'avance ce qui sera à noter

  idem

Livre des élèves

livre

commentaire et observation de schémas, photos, tableaux

lecture de texte

réalisation d'exercices

simple

rapide

aucune préparation

peu d'effet de surprise

Photocopie

papier

photocopieur

Idem

simple

bonne qualité des documents

possibilité de réduction, de montage

nécessite de réaliser une maquette

temps de tirage

temps de distribution

tirage limité éventuellement (quota)

coût élevé

Polycopié

matrice ou stencil

duplicateur

graveur électronique éventuellement

Idem sauf photos

peu coûteux

tirage souvent illimité

nécessite de réaliser un support

temps de tirage

temps de distribution

qualité médiocre

Transparent

transparent

rétroprojecteur

thermocopieur ou  photocopieur éventuellement

approche progressive de certaines notions

commentaire de  schémas, tableaux

exercices dirigés

évite écriture au tableau ou distribution de documents

permet des manipulations non autorisées par le tableau  ou les polycopiés (compléments, commentaires)

nécessite d'établir les transparents

succession trop rapide des transparents ne  permet pas toujours une bonne assimilation

Cassette audio

cassette audio magnétophone

dictaphone

exercices de communication

écoute d'entretiens, d'interviews

enregistrement

jeux de rôle

simple

rapide

absence de « visuels »

Cassette vidéo

cassette vidéo

magnétoscope

camescope

projection

documentaire

films

enregistrement

Jeux de rôle

conférences

simple

vivant

attractif

coût des matériels

temps de préparation en utilisation active

Film

film

projecteur

projection de documentaire

idem

nécessité de déplacement de la classe dans une salle équipée

manipulation un peu complexe

location du film (en voie de disparition, de plus en plus de films

sont traduits en cassette vidéo)

Vidéodisque

vidéodisque

lecteur de disque

lecture : accès direct à des films, des images ou des séquences interactives

simple

très riche

possibilité l`utilisation en auto-formation

coût

peu de titres disponibles

Logiciel pédagogique

logiciel

micro-ordinateur

agrandisseur d'écran

(si disponible}

dépend du logiciel

+ bureautique

+ informatique

personnalisation du cours

adaptation à la vitessse d'assimilation

concret

temps préparation

risques d'incidents de fonctionnement

Simulateur de communication téléphonique

simulateur

entraînement à l'expression orale

jeux de rôle

crée des conditions très proches de la réalité

possibilité d'exploitation et d'écoute avec la classe entière

coût

Tablette derétroprojection

tablette

micro-ordinateur

projection de (écran d'un micro-ordinateur

permet la formation aux logiciels

la correction sur écran

coût

Mise à jour le 15 octobre, 2003

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